Face à ce déluge de feu, sur le continent Africain partagé entre l’indifférence et le mou soutien au Guide libyen, deux voix se sont fait entendre. Celles de l’historienne malienne Adame Ba Konaré et de l’ancien président (français) de Médecins sans frontières, Rony Brauman.
Avec des arguments de poids, dont les principaux sont ceux-ci pour la malienne : « (…) L’Afrique est exclue d’un débat qui aurait dû être prioritairement le sien et c’est un pays arabe qu’on livre aux occidentaux, en utilisant d’autres pays arabes.
« (…) La Libye est sous les feux de forces étrangères en quête de gloriole personnelle et de défense de leurs propres intérêts. De quelle légitimité politique, de quelle crédibilité morale, ces puissances qui ne tiennent pas leurs engagements, qui affament les peuples, pillent les ressources des pays, peuvent-elles se prévaloir ?
Le pétrole et le gaz libyens sont-ils absents de leurs motivations ? Ne veut-on pas régler aussi son compte à Kaddafi pour des marchés non tenus, et pour avoir exigé un dédommagement au titre de la colonisation à l’Italie, l’ancienne puissance coloniale ? »
La situation qui prévaut ces temps-ci en Libye donne parfaitement raison à l’historienne malienne. Le Sahel subit aujourd’hui de plein fouet les répercussions de la mission de l’OTAN en Libye.
Au cours des frappes militaires qui ont précipité la chute du régime de Kaddafi, la France, pays membre de la coalition a confirmé avoir largué des armes aux rebelles avec l’assentiment du commandement de l’OTAN et du Conseil de sécurité des Nations Unies. Une partie de ces livraisons est parvenue aux terroristes d’AQMI, qui avaient récupéré des équipements provenant de l’arsenal libyen. Le Nord Mali en fait les frais avec les djihadistes venus de la Libye.
Sur fond de menace terroriste de l’ensemble du Sahel, les milices s’entre déchirent au pays de Kaddafi. Trois ans avant l’intervention de l’OTAN, la situation était claire : kaddafistes contre-révolutionnaires. Aujourd’hui, des brigades révolutionnaires anciennement alliées tentent de se détruire dans une guerre de position urbaine. Actuellement, les deux camps tiennent des axes routiers qui se font face dans le sud de la ville. Dans le centre se trouve la route qui mène à l’aéroport. Par la faute d’une aveugle politique décidée de façon unilatéralement, la Libye s’enfonce inexorablement dans un chaos dont l’issue est incertaine.