Lundi 7 juin, aux environs de 18 heures, Alsény Koudouno de la RTG m’annonce la terrible et inattendue nouvelle: le brutal décès du journaliste Sotigui Kaba hier dimanche des suites d’un infarctus. Quel atroce coup du sort!
J’ai fait la connaissance du défunt à la rédaction du Lynx, où nous avons noué de solides relations, au regard de nos centres d’intérêt commun: la musique. Véritable globe trotter, Sotigui avait roulé sa bosse au Mali, en Mauritanie, au Niger et en Côte d’Ivoire. Dans ces différents pays, il fit la connaissance de nombreux musiciens. Etant moi-même un féru de musique, le courant passa très vite entre nous; on ne se lassait jamais de parler musique et des musiciens africains et Guinéens. Nos discussions étaient beaucoup plus axées sur la vie de Mory Kanté et de Babadjan Kaba qu’il fréquenta au Mali et à Abidjan. Raison pur laquelle, lorsqu’il fut question d’évoquer le souvenir de feu Babadjan, je lui demanda de relater ses relations avec le défunt lors de son séjour en Côte d’Ivoire. Et en décembre 2018, Sotigui me relata ce qui suit à propose de Babadjan:
 »  Ce que je pourrais dire de Babadjan Kaba, c’est qu’il a été un homme sérieux et intègre. Ce qui lui a permis de faire mieux la profession de musicien.
Un jour on était à Abidjan, lorsque certains musiciens de Camayenne Sofa avaient essayé de rejoindre Abidjan en passant par Bamako et Sikasso. Dans cette ville de Sikasso, nos compatriotes musiciens  de Camayenne Sofa se présentent à leurs amis de l’orchestre de la localité qui leur accueillent avec tous les honneurs qu’on pouvait accorder à une formation musicale guinéenne.
Puis, on leur propose d’offrir un spectacle hors du commun aux mélomanes de Sikasso. La proposition est appréciée à sa juste valeur et les instruments sont mis à la disposition des Guinéens. Une répétition est aussitôt faite devant un monde fou.  Des affiches sont réalisées et un véhicule de campagne publicitaire sillonne les artères de la cité du Roi Thiéba.
Le samedi du spectacle au Kénèdougou bar, la salle est surpeuplée avant 21 heures. Avant même l’arrivée des musiciens guinéens. A leur rentrée dans la salle, les musiciens guinéens se présentent au public surexcité sous des vivats explosifs. Entre-temps, le spectacle inédit commence dans un brouhaha aussi inédit. Quand des mélomanes mordus de la mélodie mandingue balançaient des billets de banque sous les pieds des musiciens. Il y en a même qui ont jeté des chèques bancaires à l’orchestre.
Dans cette éphorie, nos compatriotes programmes ont improvisé une plage musicale qui leur a coûté de la quinine voire même de l’abandon. Il s’agit du morceau ‘’Kèmè Bouréma’’ où l’on fait les louanges de l’Almamy Samory Touré sur le roi de Sikasso.
La salle se vide en un seul coût. Nos compatriotes arrêtent la musique et tirent les leçons. C’est en moment que leurs collègues musiciens de Sikasso leur ont annoncé la défaite : « ici, on ne chante pas ce morceau, au risque de te voir cogner avec le fétiche », leur ont-ils balancé.
Après les décomptent, pas assez d’argent pour couvrir les charges. Difficile même pour eux de désintéresser l’hôtel. Et comment quitter, si les différents prosateurs ne sont désintéressés ?
Ils étaient alors obligés de méditer et de créer l’impossible. Ils se rendent à la poste pour joindre Moriba Kaba, le grand frère de Babadjan à qui ils ont expliqué tout le déboire. Avant de lui proposer une éventuelle implication de Babadjan Kaba. Ce qui a été vite préparé.
Outillé par Moriba Kaba, Babadjan kaba débarque à Sikasso. Il a été accueilli par le préfet de la localité qui lui a assuré la prise en charge dont l’hôtel, la nourriture, les frais de transports ‘’aller et retour’’ en Abidjan.
Au préfet, Babadjan Kaba explique les raisons de son arrivée à Sikasso qui consistait à débloquer ses compatriotes guinéens. Message compris par le préfet qui convoque la notabilité, la classe des jeunes leaders et les collègues musiciens de Sikasso.
A l’issue de toutes ces entrevues, une véritable campagne publicitaire a été organisée en faveur de Babadjan Kaba, où deux spectacles géants ont été programmés aussitôt. Le premier au Stade préfectoral entièrement financé sur le budget de la localité et offert gratuitement à la population et le deuxième sur cachet spécial au Kènèdougou Bar.
Ces deux spectacles ont suffisamment permis à Babadjan de débloquer ces camarades guinéens, désintéresser l’hôtel et assurer leur transport pour Abidjan.
Si ce géant de la musique guinéenne nous quitte, il faut qu’on puisse l’immortaliser à par de ces anecdotes. Car Babadjan Kaba était un véritable Maestro. »
Paix à l’âme de Sotigui Kaba!
Thierno Saidou DIAKITE pour GCO
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