Le dossier Badra Aliou Cheickna Koné, ancien président de la délégation spéciale de la commune de Matam (Conakry), illustre les enjeux de la répression des infractions économiques en Guinée sous transition. Poursuivi pour détournement de deniers publics, corruption et malversations financières – infractions qualifiées par l’article 245 et suivants du Code pénal guinéen –, il comparaît ce 29 avril 2026 devant la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), compétente en vertu de la loi L/2017/011/AN.

Nomination et soupçons initiaux

Nommé en avril 2024 à la tête de la délégation spéciale, après sa démission de vice-maire, Koné, leader du mouvement Génération pour le Modernite et le Développement (GMD), gérait les fonds communaux. Des signalements de la société civile locale, relayés dès 2025, portaient sur des marchés publics irréguliers, emplois fictifs et détournements budgétaires, potentiellement impliquant 25 milliards de francs guinéens (GNF), soit environ 3,8 millions d’euros.

Interpellations et procédures judiciaires

Le 23 avril 2026, Koné et son receveur, Moustapha Diarra Sanoh, sont placés en garde à vue à la Direction centrale de la police judiciaire (DPJ), conformément à l’article 55 du Code de procédure pénale.

Auditionnés par l’Office de régulation et de finalisation des dossiers économiques et financiers (ORDEF), ils refusent de signer les procès-verbaux. La garde à vue est prolongée de 48 heures, autorisée par le procureur spécial de la CRIEF, Alphonse Charles Wright. Le 28 avril, Koné est inculpé et placé sous mandat de dépôt à la Maison centrale de Conakry, mesure motivée par le risque de fuite et la gravité des faits (art. 124 CPP).

Charges et preuves invoquées

La CRIEF reproche à Koné des actes constitutifs de détournement (art. 245 CP), corruption passive (art. 253 CP) et enrichissement illicite, étayés par des audits financiers, témoignages et documents comptables révélant des flux illicites. Le procureur Wright qualifie ces éléments de « preuves tangibles », dans le cadre d’une politique anti-corruption post-transition visant les délégations spéciales. Les avocats de la défense contestent la régularité des preuves et demandent la nullité de la procédure, invoquant une possible instrumentalisation politique pour entraver la candidature de leur client aux élections locales.

Ouverture du procès et enjeux juridiques

Ce mercredi 29 avril 2026, la CRIEF statue sur la recevabilité des charges et la suite de l’instruction.

La défense évoque une « cabale » liée à des manifestations antérieures contre Koné, tandis que la partie civile y voit une avancée contre l’impunité.

Le juge, tenu au principe contradictoire (art. 6 de la loi CRIEF), tranchera sous haute surveillance, dans un contexte de tensions politico-financières à Matam.

 

Momo SOUMAH pour GCO

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