Le différend de Yenga persiste malgré les accords de 2005 et 2012 en raison d’un mélange de facteurs stratégiques, politiques et techniques non résolus. Ces pactes, bien qu’ambitieux, manquaient de mécanismes contraignants pour leur mise en œuvre effective.

Manque de Mise en Œuvre

Les accords prévoyaient des commissions mixtes et un retrait guinéen progressif, mais les discussions se sont étirées sans aboutir à une démarcation précise via GPS ou experts neutres. La Guinée a maintenu sa présence militaire à Yenga, invoquant des impératifs sécuritaires post-guerre civile sierra-léonaise (occupation depuis 2002 contre le RUF), tandis que Freetown accuse Conakry de violation des termes. L’absence de suivi régional fort par la CEDEAO a permis cette inertie.

Enjeux stratégiques et nationalistes

Yenga, colline stratégique surplombant la rivière Makona, est vue par la Guinée comme un verrou défensif (contrôle fluvial, ressources minières potentielles), selon d’anciens officiels comme Moussa Solano. La Sierra Leone s’appuie sur des cartes coloniales la plaçant dans son territoire, alimentant un nationalisme exacerbé des deux côtés. Les passions locales (populations kissi transfrontalières) et déclarations publiques, comme celles du ministre sierra-léonais Paolo Conteh refusant de négocier avec la junte guinéenne, ont saboté les avancées.

Faiblesses institutionnelles

Sans recours à une instance supranationale comme la CIJ, les litiges restent bilatéraux et vulnérables aux changements de leadership (Bio vs. Doumbouya). Les accords n’étaient pas définitifs, priorisant la sécurité guinéenne au détriment d’une souveraineté claire, créant un cercle vicieux d’incursions réciproques observé à Faranah.

CEDEAO ET YENGA

La CEDEAO a réagi au différend de Yenga par des appels répétés au dialogue et des initiatives techniques, sans imposer de sanctions contraignantes. Ces mesures visent à prévenir l’escalade dans une région instable, en s’appuyant sur ses protocoles de règlement pacifique des conflits. �

Interventions clés

Dès 2012, la CEDEAO a facilité l’accord bilatéral appelant à la démilitarisation de Yenga et à des patrouilles mixtes, bien que non appliqué pleinement. En septembre 2025, lors d’une Conférence des Chefs d’État, elle a exprimé sa préoccupation face aux tensions ravivées, ordonnant une mission d’évaluation urgente pour cartographier la zone litigieuse et recommander des solutions pacifiques. Elle a insisté sur le recours aux mécanismes communautaires, comme le Conseil de Médiation et de Sécurité.

Réactions récentes

Suite aux incidents de Faranah (février 2026), la CEDEAO suit diplomatiquement la situation via sa Commission, appelant Conakry et Freetown à apaiser les tensions par le dialogue et la démilitarisation, évitant toute confrontation armée. Aucune résolution ferme n’a émergé, mais des missions techniques persistent pour évaluer Yenga et les zones adjacentes.

 

Pivi BILIVOGUI pour GCO

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