Souleymane Diallo, figure majeure de la presse indépendante guinéenne et fondateur du groupe Le Lynx/La Lance, est décédé le 1er juin 2026 au Canada, des suites d’un accident vasculaire cérébral, survenu quelques mois plus tôt.

Âgé de 81 ans, il était en convalescence depuis janvier 2026. Sa disparition marque la fin d’un parcours emblématique, étroitement lié à l’histoire tourmentée de la liberté de la presse en Guinée.

Né en 1945, Souleymane Diallo débute sa carrière journalistique au sein du quotidien d’État Horoya dans les années 1970, avant de prendre progressivement ses distances avec la presse officielle.

Sous le régime autoritaire de Sékou Touré, il choisit l’exil et s’installe en Côte d’Ivoire, où il travaille pour Fraternité Matin jusqu’au début des années 1990. Il ne regagne la Guinée qu’après la chute du régime en 1984, dans un contexte d’ouverture politique relative.

C’est dans cette période de transition qu’il s’impose comme l’un des pionniers de la presse indépendante. En 1992, il fonde Le Lynx, un journal satirique au ton incisif, qui deviendra rapidement un symbole de résistance face aux dérives du pouvoir. Pendant plusieurs années, en raison des contraintes locales, le journal est rédigé à Conakry, imprimé à Abidjan, puis acheminé clandestinement en Guinée pour diffusion.

À travers ses publications, Souleymane Diallo s’impose comme une voix critique incontournable du paysage médiatique guinéen. Son engagement lui vaut de multiples démêlés avec les autorités. Il est arrêté à plusieurs reprises dans les années 1990, notamment en 1995 et 1996, pour des articles jugés sensibles, portant respectivement sur un concours Miss CEDEAO et sur les tensions militaires liées à des revendications salariales. Dès 1992, il est également condamné pour offense au chef de l’État.

Ces épisodes illustrent les risques encourus par les journalistes indépendants dans un environnement marqué par la répression et la judiciarisation de la parole critique. Au-delà de ses activités éditoriales, Souleymane Diallo s’implique dans la structuration du secteur médiatique. Il collabore avec des organisations telles que le Conseil National de la communication, l’Association guinéenne des éditeurs de la presse indépendante (AGEPI), Reporters sans frontières ou encore le Forum de la presse africaine. En reconnaissance de son parcours, il est élevé en 2022 au rang de grand officier de l’Ordre national du Kolatier.

Considéré par nombre de ses pairs comme l’un des derniers remparts de la liberté de la presse en Guinée, il a contribué à façonner une tradition de journalisme critique dans un contexte souvent hostile. Un prix portant son nom, créé en 2021 dans le cadre des Médias Awards de Guinée, récompense les acteurs engagés dans la défense de la liberté d’expression.

Dans un entretien accordé au quotidien Libération en janvier 2026, alors qu’il était déjà affaibli par la maladie, il déclarait : « Mon ambition est de mourir avant Le Lynx », soulignant ainsi son attachement viscéral à ce titre devenu institution.

Sa disparition intervient dans un climat de crispation politique marqué par un resserrement du contrôle sur les médias sous le régime de transition dirigé par Mamadi Doumbouya. L’avenir du Lynx, sans son fondateur, apparaît désormais très difficile, tant sur le plan éditorial qu’économique.