La Guinée, l’un des plus grands producteurs mondiaux de bauxite, se trouve au cœur d’une tempête minière. Ces derniers mois, le ministère des Mines et de la Géologie a suspendu ou retiré plusieurs titres miniers accordés à des compagnies internationales, « pour non-respect du code minier en vigueur » depuis 2013, révisé en 2021.

Ces mesures, saluées par certains comme une affirmation de souveraineté, ont déclenché une vague de plaintes devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), instance arbitrale de la Banque mondiale. Face à ces contentieux, le gouvernement guinéen maintient une ligne inflexible, priorisant la réforme du secteur pour maximiser les retombées nationales.

Des retraits massifs pour manquements répétés

Le code minier guinéen impose des obligations strictes aux investisseurs : respect des normes environnementales, paiements fiscaux à jour, transfert de technologies et contenu local (embauches, sous-traitance).

Ces retraits s’inscrivent dans une offensive plus large lancée le gouvernement sous l’impulsion du président Mamadi Doumbouya. « La Guinée n’est plus un eldorado sans règles ». Résultat : les exportations de bauxite ont bondi de 15% en 2025, grâce à une relance des opérateurs conformes.

Le CIRDI, nouveau champ de bataille

Les compagnies « lésées » ne l’entendent pas de cette oreille. Cinq plaintes ont été déposées au CIRDI depuis octobre 2025, réclamant des milliards en indemnités pour « expropriation indirecte » et violation des accords bilatéraux d’investissement (BIT) signés avec des pays comme l’Australie ou la Chine.

Ces arbitrages pourraient s’éterniser des années, comme l’affaire Veolia contre Égypte (résolue en 2023 après huit ans). Pour la Guinée, déjà échaudée par un précédent CIRDI perdu en 2019 face à RWE (500 millions d’euros), le risque est double : financier et réputationnel.

La position guinéenne : souveraineté avant tout

Le gouvernement Doumbouya campe sur ses positions. « Nous ne négocierons pas la souveraineté nationale ». Cette crise illustre les tensions classiques des pays riches en ressources : entre extraction rapide et développement durable. La Guinée pourrait transformer l’épreuve en opportunité en renforçant sa capacité juridique au CIRDI et, en attirant des investisseurs « verts » via des incitations fiscales. Mais sans dialogue, le risque d’isolement guette, dans un contexte régional où le Mali et la RDC mènent des réformes similaires.
Reste à savoir si Conakry saura concilier fermeté et pragmatisme pour faire de son sous-sol un levier de prospérité inclusive.

 

Hussen MORY pour GCO

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