Le Ghana, berceau de la traite négrière transatlantique, porte encore les cicatrices d’un crime qualifié par l’ONU comme « le plus grand de l’humanité ». Sur ses côtes de l’Atlantique, des forts comme Elmina et Cape Coast – classés au patrimoine mondial de l’UNESCO – témoignent d’un passé où des millions d’Africains ont été arrachés à leur terre.

Ce 26 mars 2026, alors que le monde commémore l’abolition de l’esclavage, le Ghana réaffirme sa position de mémoire vive, interrogeant l’attitude complice ou amnésique des puissances historiques.

Origines historiques du document fondateur

L’esclavage atlantique, qui a déporté entre 12 et 15 millions d’Africains entre le XVIe et le XIXe siècle selon les estimations de l’historien David Eltis (base de données Trans-Atlantic Slave Trade Database), trouve ses racines dans les explorations européennes dès 1441.

Le Portugal initie la traite avec les premiers captifs ramenés d’Afrique de l’Ouest. Le Ghana, alors royaumes Ashanti et Fante, devient un hub majeur : Elmina, construit par les Portugais en 1482, est le premier fort européen en Afrique subsaharienne. Ce « monument » historique – ces forts, registres de cargaisons humaines et récits de survivants – n’est pas un simple vestige, mais une preuve matérielle d’un système industriel de déshumanisation, alimenté par la demande de main-d’œuvre pour les plantations américaines.

L’attitude ambiguë de l’Europe, des États-Unis, d’Israël, de l’Argentine
L’Europe, premier coupable, oscille entre repentance symbolique et déni économique. Le Portugal et l’Espagne ont théorisé l’esclavage via la bulle papale Romanus Pontifex (1455), tandis que la Grande-Bretagne et la France en ont tiré des fortunes colossales – jusqu’à 10% du PIB britannique au XVIIIe siècle (selon l’économiste Nathan Nunn).

Aujourd’hui, des excuses partielles (comme celles de la Belgique pour le Congo en 2020) masquent l’absence de réparations systémiques.
Les États-Unis, héritiers directs, comptent 12,5 millions d’esclaves déportés vers leurs côtes (Trans-Atlantic Slave Trade Database). Malgré le Reparations Hearing au Congrès en 2023, aucune politique fédérale de compensation n’émerge, freinée par des États comme la Floride qui bannissent l’enseignement « woke » de cette histoire.

Israël, État fondé sur la mémoire de l’Holocauste, adopte une posture curieusement distante : bien que son président Isaac Herzog ait visité Cape Coast, en 2023 pour un dialogue interreligieux, aucune reconnaissance officielle de la traite négrière n’est formulée, contrastant avec sa condamnation ferme de l’antisémitisme.

L’Argentine, quant à elle, minimise son rôle via les « ciruelos » – esclaves africains blanchis dans sa généalogie nationale –, effaçant 30% de sa population d’origine africaine au XIXe siècle, comme l’atteste l’historienne argentine Mira Caballo.

Les revendications légitimes de l’Afrique

L’Afrique, unie par l’Union africaine (UA), exige justice. Le Ghana, via son « Year of Return » (2019) et « Beyond the Return » prolongé jusqu’en 2027, attire des diasporas pour des réparations culturelles et économiques : 1,1 milliard de dollars générés en tourisme mémoriel (Ghana Tourism Authority, 2024). L’UA plaide pour un fonds global de réparation, inspiré du CARICOM Reparations Report (2013), couvrant éducation, santé et infrastructures.

Ces demandes sont légitimes : l’esclavage a amputé l’Afrique de 20% de sa croissance démographique et économique sur trois siècles (étude de l’économiste Daron Acemoglu).

Une condamnation universelle de l’humanité

Condamner l’esclavage, c’est reconnaître un crime contre l’humanité qui perdure sous d’autres formes – trafics modernes touchant 50 millions de personnes (ONU, 2025). Le Ghana appelle à une « condamnation de l’humanité » : non pas une autoflagellation collective, mais une action – réparations, éducation et sanctions contre les négationnistes. Sans cela, les forts d’Elmina resteront des mausolées d’impunité.
En Guinée voisine, où la traite a aussi ravagé toutes les ethnies Peuls, ces échos résonnent fort. Le monde doit-il attendre un nouveau verdict de La Haye pour agir ?

Hussen MORY pour GCO

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