L’ex-aide de camp de Moussa Dadis Camara, Toumba Diakité, pilier du funeste massacre du 28 septembre 2009, défraye à nouveau la chronique. Évacué d’urgence de la prison de Coyah et hospitalisé sous haute surveillance militaire, il incarne les fractures d’une justice guinéenne toujours éprouvée, où santé fragile rime avec enjeux politiques brûlants.

Urgence médicale sous escorte armée

La nuit du 22 au 23 mars, un malaise grave frappe Toumba dans sa cellule de la Maison de détention de Coyah. Le Parquet général près la Cour d’appel de Conakry ordonne son transfert immédiat vers les soins intensifs de l’hôpital militaire du Camp Almamy Samory Touré.

« Toutes les mesures requises sont en place pour sa prise en charge et le respect de ses droits », assure le parquet dans un communiqué matinal du 24 mars, confirmant une surveillance « renforcée » par des gendarmes autour de son lit. À 60 ans passés, l’ancien lieutenant-colonel cumule une santé chancelante, une incarcération de près de neuf ans, en détention provisoire et une condamnation à dix ans, pour son rôle dans les exactions de 2009, qui firent plus de 150 morts au Stade du 28 septembre.

Ses avocats, mobilisés dès l’aube, dénoncent un « état critique » aggravé par des conditions de détention « inhumaines ». Ce scénario ravive les tensions : soin ou cage dorée ?

Transfert à Coyah : étincelle d’un scandale carcéral

L’hospitalisation n’arrive pas par hasard. Le 10 février dernier, le transfert de Toumba de la Maison centrale de Conakry vers Coyah dégénère en chaos : coups de feu, bagarres internes, un mort présumé parmi les détenus, selon des sources syndicales pénitentiaires.

Le collectif des avocats qualifie cette opération d' »illégale et arbitraire », pointant l’absence de mandat judiciaire et une « sécurité juridique bafouée ». L’Administration pénitentiaire rétorque par la « préservation de l’ordre public », arguant des risques d’influence de Toumba sur d’autres prisonniers, dont des figures de l’ancien CNDD.

Justice en étau : impunité ou instrument politique ?

Condamné en 2024 après 15 ans de limbo judiciaire, Toumba purge sa peine dans un climat électrique. Le pouvoir de transition de Mamadi Doumbouya invoque la « stabilité carcérale », mais la société civile – Amnesty International en tête, via un tweet du 23 mars – y voit une « justice à géométrie variable ». Les proches de Toumba exigent un audit indépendant sur sa détention, tandis que les victimes du 28 septembre craignent un relâchement déguisé.
À l’hôpital militaire, chaque visiteur filtré symbolise le nœud gordien : mémoire collective contre équilibres politiques. Sans transparence sur les motifs exacts de ces mesures, Toumba reste ce pion controversé, où la santé prétexte le bras de fer entre passé sanglant et présent incertain.

Pivi BILIVOGUI pour GCO

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