La Guinée a franchi une étape décisive dans la régulation de son paysage politique avec la dissolution de 40 partis, annoncée début mars 2026, par le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Ibrahima Kalil Condé.

Cette mesure, qui cible des formations jugées non conformes, s’inscrit dans une offensive plus large de la junte au pouvoir, dirigée par le général Mamadi Doumbouya, depuis le coup d’État de 2021, pour restructurer un système partisan fragmenté.

Origines et cadre légal

L’opération découle d’une évaluation nationale lancée par le ministère, suite à l’adoption fin 2025, d’une nouvelle loi organique sur les partis politiques. Les formations disposaient d’un délai transitoire de six mois – du 25 novembre 2025 au 25 mars 2026 – pour se conformer, après un ultimatum fin février 2026. Elle prolonge des sanctions antérieures de 2024-2025, incluant suspensions et dissolutions partielles pour manquements administratifs comme des agréments invalides, l’absence de bureaux permanents ou une gestion opaque des fonds.

Les critères d’assainissement sont stricts : agrément valide, sièges dans les 33 préfectures, comptes bancaires dédiés, quitus fiscaux pour les dirigeants et implantation nationale effective. Les partis défaillants ont été observés pendant 90 jours avant suspension ou dissolution, entraînant la perte de personnalité morale, la saisie des biens et le scellage des sièges.

Partis visés : l’opposition en première ligne

Parmi les 40 dissous figurent les trois principaux partis d’opposition : l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo, le Rassemblement du peuple de Guinée Arc-en-ciel (RPG-Arc-en-Ciel) d’Alpha Condé et l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré. Des formations mineures sont également touchées, bien qu’aucune liste exhaustive n’ait été rendue publique immédiatement. Cette purge frappe ainsi l’opposition historique, laissant un vide stratégique à l’approche des échéances électorales.

Réactions et conséquences immédiates

La classe politique dénonce une mesure « injuste » et un « muselage » de l’opposition, avec des dirigeants exilés accusant la junte d’attaquer le pluralisme. Les partis perdent ressources financières, capacité électorale et légitimité, accentuant l’incertitude démocratique.

Des analystes soulignent néanmoins un potentiel assainissement, favorisant une dynamisation des survivants et un registre partisan plus viable.

Enjeux électoraux et gouvernementaux

À six semaines des législatives et communales du 24 mai 2026, le gouvernement renforce sa position en affaiblissant ses rivaux, rendant le scrutin potentiellement moins concurrentiel. La junte justifie l’opération par la nécessité d’un « registre propre », mais essuie des critiques pour son manque de communication. La crise risque toutefois de compliquer son rôle dans un climat polarisé, avec des appels à une vigilance accrue pour la transparence.

Perspectives : instabilité et pressions internationales

Politiquement, la Guinée fait face à une polarisation accrue et des risques d’instabilité, aggravés par des tensions socio-économiques (pauvreté, chômage) qui pourraient déboucher sur des moments difficiles.

L’enjeu majeur reste un retour à un régime civil équilibré avant 2027, sous la surveillance accrue de tous les partenaires.

 

Fatimatou DIALLO pour GCO

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