La Guinée, le Liberia et la Sierra Leone ont acté un apaisement de leurs tensions frontalières lors du sommet tripartite du 16 mars 2026 à Conakry, initié par le président guinéen Mamadi Doumbouya.

Ce « trialogue » marque un virage du conflit au dialogue, répondant à des incidents récurrents documentés depuis 2024, tels que des échanges de tirs transfrontaliers et des migrations incontrôlées, exacerbés par des enjeux sécuritaires et l’exploitation de ressources naturelles.

Fondements historiques et juridiques

Historiquement, ces frontières datent des traités coloniaux franco-britanniques du XIXe siècle, délimités par la Convention de Paris (1885) et la Déclaration de Delimitation de 1911, souvent imprécis et sources de litiges persistants post-indépendance (1960-1961).

Juridiquement, la Charte des Nations Unies (art. 2) et le Traité de la CEDEAO (1975) imposent le règlement pacifique des différends, tandis que le Pacte de la Mano River Union (MRU, 1973, révisé en 2006) encadre la coopération frontalière.

Mamadi Doumbouya, président de la transition depuis le coup d’État du 5 septembre 2021 et détenteur de la présidence tournante de la MRU depuis 2025, a convoqué ce sommet en vertu de l’article 5 du Pacte MRU, comme annoncé par le ministre des Affaires étrangères Morissanda Kouyaté.

Cette initiative proactive consolide sa posture en faveur de la stabilité sous-régionale, face à des incidents factuels comme les affrontements de Macenta (Guinée-Liberia, décembre 2025) et de Koinadugu (Guinée-Sierra Leone, février 2026).

Positions factuelles des parties

Les présidents libérien Joseph Nyuma Boakai (élu en 2023) et sierra-léonais Julius Maada Bio (réélu en 2023) ont signé un communiqué conjoint réaffirmant le respect du statu quo ante bellum frontalier, tel que défini par les cartes topographiques coloniales et les commissions mixtes MRU des années 1980.

Confrontés à des incursions armées et des trafics illicites, ils saluent le dialogue comme unique voie viable, prônant des patrouilles conjointes et un partage d’informations sécuritaires, en ligne avec le Protocole MRU sur la Paix et la Sécurité (2013).

Relance institutionnelle de la Manu River Union

Ce sommet impulsé la relance de la MRU – regroupant Guinée, Liberia, Sierra Leone et Côte d’Ivoire –, fondée en 1973 pour la paix et la prospérité économique. Les leaders prévoient des visites croisées et une coopération accrue sur la sécurité et le développement, avec la Côte d’Ivoire en observateur stratégique via sa ministre Kaba Nialé.

Factuellement, cela répond à l’état des lieux de la réunion ministérielle MRU de Freetown (2025), qui notait un déficit de financement et de mise en œuvre.

Enjeux miniers et ressources sous-jacentes

Les différends portent sur des zones riches en or, diamants, bauxite et bois, amplifiés par la ruée minière post-conflits (années 2000). Historiquement, les guerres civiles (Sierra Leone 1991-2002 ; Liberia 1989-2003) ont déstabilisé ces frontières poreuses, tandis que juridiquement, la Déclaration de Yaoundé (2008) de l’Union Africaine promeut une gouvernance partagée des ressources. Le dialogue ouvre potentiellement à des accords d’exploitation conjointe, comme le modèle sino-africain en Guinée.

Vision socio-politique prospective

Au-delà des acquis, cette dynamique socio-politique renforce l’intégration ouest-africaine face aux défis communs : terrorisme sahélien, migrations climatiques et inégalités économiques. En consolidant la MRU, elle favorise une « paix-dividende » via des corridors commerciaux et une gouvernance inclusive, atténuant les risques de contagion instable – comme lors des crises EBOLA (2014) ou COVID-19.

Toutefois, sa pérennité dépend d’une mise en œuvre effective : commissions bilatérales pour les litiges miniers, investissements communautaires et réforme sécuritaire.

À terme, cela pourrait modeler une sous-région résiliente, où la diplomatie transitionnelle de Doumbouya inspire une transition démocratique partagée, évitant le piège des nationalismes frontaliers et propulsant le développement humain durable.

Hussen MORY pour GuineeConakry,online

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