Le monde de la musique africaine est plongé dans un immense deuil, depuis l’annonce du décès du célèbre saxophoniste Emmanuel N’Djoké Dibango, plus connu sous le nom de Manu Dibango. Aux premières heures du mardi 24 mars, le Covid-19 l’a malheureusement emporté.

Son histoire commence sous le nom d’Emmanuel Dibango, né d’une mère couturière et d’un père fonctionnaire, le 12 décembre 1933, à Douala, le port où débarquèrent les premiers Européens au Cameroun. L’organiste du temple protestant où sa mère est chef de chœur lui met la musique à l’oreille et puis un oncle, vaguement guitariste.

En 1949, il a 15 ans lorsque son père l’envoie en France, pour faire des études. Après vingt et un jours de traversée, il débarque à Marseille, avant de rejoindre sa famille d’accueil à Saint-Calais (Sarthe). Au milieu de ses bagages, il y a trois kilos de café qui paieront à ses hôtes son premier mois de pension. Manu Dibango aimait raconter cette anecdote qui lui inspirera le titre de sa première autobiographie, écrite en collaboration avec Danielle Rouard, Trois kilos de café (Lieu commun, 1989) – une seconde paraîtra en 2013, chez L’Archipel, Balade en saxo, dans les coulisses de ma vie.

Après le collège à Saint-Calais, il fréquente le lycée de Chartres, où il apprend le piano avec un des enseignants. C’est pour lui l’âge des premières cigarettes et surtout la découverte du jazz, grâce à un compatriote de quatre ans son aîné, rencontré en colonie de vacances, à Saint-Germain-en-Laye, Francis Bebey (1929-2001), lui aussi futur musicien camerounais notoire. Celui-ci lui fait aimer Duke Ellington. Ils créent ensemble un trio dans lequel Dibango tient mandoline et piano.

Au début des années 1950, Dibango découvre le saxophone alto, son futur identifiant. L’année de son bac, préparé (plus ou moins) à Reims, il file à Paris pendant les vacances, y passe ses nuits à fréquenter caves et cabarets où frétille le jazz. Il ne pense pas encore faire de la musique un métier mais son échec au bac va ouvrir le chemin.

Quand son père lui coupe les vivres, en 1956, il part à Bruxelles. Embauché au Tabou, un cabaret à la mode, il y séduit un mannequin, Marie-Josée dite « Coco », qui deviendra sa femme. Puis il tourne à travers la Belgique avant de prendre la direction de l’orchestre d’une boîte bruxelloise, Les Anges noirs.

Un jour y passe Joseph Kabasele, dit « Grand Kallé » (1930-1983), l’un des ténors de la rumba congolaise. Il est le créateur d’Indépendance cha cha, l’hymne des indépendances africaines et le premier tube panafricain, composé à Bruxelles, en 1960, au moment de la table ronde réunissant les dirigeants politiques congolais et les autorités belges. « Grand Kallé » embauche Manu Dibango comme saxophoniste dans son orchestre African Jazz, lui fait enregistrer avec lui et son groupe une quarantaine de titres dans un studio à Bruxelles, puis l’emmène en Afrique.

Dibango s’installe avec sa femme à Léopoldville (future Kinshasa) où il ouvre son propre club, le Tam-Tam. En 1962, il débute une carrière discographique sous son nom en gravant des 45-tours à Léopoldville ou Bruxelles, dont le fameux Twist à Léo (Léo pour Léopoldville), un de ses premiers succès. Et commence pour lui une longue carrière musicale, qui trouvera son couronnement avec son fameux Soul Makossa. « Soul Makossa » aurait pu ne jamais connaître le succès. Et pour cause, à l’origine, cette chanson n’était que sur la face B d’un 45 tours ! Le musicien L’artiste avait demandé au ministre des Sports du Cameroun s’il pouvait enregistrer une chanson en soutien à l’équipe nationale pour la Coupe d’Afrique des Nations de football. Mais ce n’est pas la chanson prévue à cet effet qui connaitra le plus grand succès, mais bien « Soul Makossa », qui s’écoulera à 50.000 exemplaires en France et fera exploser la notoriété à l’international de Manu Dibango.

                                  Poignants témoignages guinéens

Résultat de recherche d'images pour "papa kouyate"A l’annonce de la disparition de Manu Dibango, nous avons approché l’artiste Papa Kouyaté, le fou du rythme, qui nous a confié ceci : ‘’ Je regrette beaucoup ce décès. Le défunt est un musicien à la dimension planétaire. Je me souviens avoir joué avec lui lors d’un spectacle livré en France. Pendant son séjour à Conakry, j’ai participé à son spectacle. Nous devons faire très attention à ce maudit virus, qui fait actuellement des ravages dans le milieu des artistes. Que Dieu le Tout Puissant lui donne le paradis !’’

Résultat de recherche d'images pour "sekou legrow camara"Quant à El Hadj Sékou Legrow Camara administrateur du Bembeya Jazz National, très affecté par cette triste nouvelle, il s’est exprimé en ces termes ‘’…C’est avec tristesse que j’ai appris la disparition de l’icône, de l’idole de nombreux artistes africains. Il faut le reconnaître, c’est une perte cruelle que nous enregistrons. Moi Sékou Legrow, suis personnellement affecté pour la simple raison, qu’en 1985, pour célébrer l’instauration de la seconde république, j’ai invité Manu Dibango pour deux concerts en Guinée. Le premier à Conakry, et le second à Kamsar. Un vrai régal musical, animé avec maestria par notre regretté Manu.

Sa mort est une grande perte pour les artistes africains et singulièrement pour le Bembeya Jazz National. Paix à son âme !’’

 

Thierno Saïdou Diakité pour GCO

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