Nous ne devons pas compromettre l’avenir de l’Afrique au nom de la lutte contre le changement climatique
Des organisations allant de la Banque mondiale à la Banque européenne d’investissement (BEI) ont abandonné leur soutien à la production africaine de combustibles fossiles
La pression monte pour éliminer progressivement les combustibles fossiles en Afrique pour lutter contre le changement climatique.

Des organisations allant de la Banque mondiale à la Banque européenne d’investissement (BEI) ont abandonné leur soutien à la production africaine de combustibles fossiles dans l’espoir d’encourager la transition du pétrole, du gaz et du charbon vers des sources d’énergie durables comme l’énergie éolienne et solaire.

Il existe maintenant des craintes légitimes que le soutien des investisseurs à la production de pétrole et de gaz diminuera également. Blackrock, qui contrôle 7 millards de dollars d’investissements, et la Royal Bank of Scotland ont déclaré qu’ils s’éloigneront des investissements qui soutiennent la production de combustibles fossiles.

La ferveur contre les combustibles fossiles se manifeste par ailleurs de manière qui peut sembler surprenante : la Banque d’Angleterre a été critiquée pour avoir un dirigeant de compagnie pétrolière au sein de son conseil d’administration.

La pression vient également du continent africain. Des lobbies du Kenya et de la région environnante, par exemple, ont récemment demandé à l’Union africaine de mettre un terme à l’utilisation du charbon et d’envisager d’éliminer progressivement l’utilisation du pétrole et du gaz au cours des trois prochaines décennies dans l’espoir d’éliminer les émissions qui contribuent au réchauffement climatique.

Je suis d’accord que le changement climatique doit être pris au sérieux, mais nous ne pouvons pas accepter de telles réponses. Nous ne devons pas priver notre continent des avantages significatifs qu’il peut tirer des opérations pétrolières et gazières, des opportunités économiques offertes par la monétisation de ses ressources naturelles ou la conversion du gaz en électricité par exemple.

Je ne demande en aucun cas l’arrêt des programmes d’énergie durable. Ils sont en cours de mise en œuvre et j’espère en voir plus. Je dis simplement qu’en matière d’énergie, rien n’est blanc ou noir et il trop tôt pour une approche qui nous demanderait de choisir soit les sources d’énergie verte soit les combustibles fossiles.

De plus, ce devrait être les Africains, et non les étrangers bien intentionnés, qui déterminent le moment opportun pour éliminer progressivement les combustibles fossiles en Afrique, si cela devait advenir. Faire pression sur l’Afrique pour qu’elle agisse autrement est insultant, rien de mieux que de nous envoyer de l’aide étrangère en supposant que les Africains sont incapables de se construire un avenir meilleur pour eux-mêmes. Il est également hypocrite pour les pays et les personnes qui bénéficient de la sécurité, d’une espérance de vie plus longue, du confort et des opportunités économiques associés à une énergie abondante et fiable de dire : « Le temps est écoulé, Afrique. Plus de combustibles fossiles pour vous. Aux grands maux les grands moyens. »

Qu’en est-il du désespoir avec lequel vivent plus de 600 millions d’Africains sans électricité chaque jour ? Est-il raisonnable de s’attendre à ce qu’ils attendent que l’énergie verte évolue alors que leurs réserves nationales de gaz naturel et de pétrole brut peuvent être exploitées pour produire de l’électricité et du combustible de chauffage beaucoup plus rapidement ?

Lutter contre la pauvreté énergétique

Nous ne pouvons pas aller de l’avant avec l’élimination progressive des combustibles fossiles en Afrique avant de nous attaquer aux vastes étendues de notre continent qui vivent dans la pauvreté énergétique. Je suis tout à fait d’accord avec le Secrétaire général de l’Opep, Mohammed Barkindo, qui a déclaré dans un récent discours: « Les près d’un milliard de personnes dans le monde qui n’ont actuellement pas accès à l’électricité et les trois milliards sans combustibles modernes pour cuisiner ne sont pas seulement des statistiques sur une page. Ce sont de vraies personnes. . . Personne ne devrait être laissé pour compte. »

Plus près de chez nous, plus des deux tiers de la population de l’Afrique subsaharienne, soit plus de 620 millions de personnes, n’ont pas accès à l’électricité. Encore plus exaspérant, ce nombre est susceptible d’augmenter. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a prédit qu’en 2040, environ 75% de l’Afrique subsaharienne n’aura pas accès à l’électricité. Pourquoi ? Les populations croissent plus rapidement que nos infrastructures.

Comme je l’ai écrit dans mon livre de 2019, « Des milliards en jeu : L’avenir de l’énergie et des affaires en Afrique », vivre sans électricité est bien plus qu’un inconvénient. Cela empêche les gens d’accéder aux soins de santé modernes et les expose à une pollution atmosphérique toxique causée par la combustion de carburants dangereux chez eux. Elle renforce également la pauvreté et contribue à la stagnation économique : les entreprises, les usines et les écoles ont besoin d’électricité pour fonctionner et se développer.

Je suis convaincu que l’une des meilleures chances de notre continent d’éliminer la pauvreté énergétique est d’exploiter stratégiquement nos abondantes ressources de gaz naturel au lieu de les exporter et de les torcher. L’Afrique disposait de 503,3 billions de pieds cubes de réserves prouvées de gaz naturel en 2017. Le gaz naturel peut être utilisé pour alimenter la production d’électricité : il est disponible ; il produit moins d’émissions de dioxyde de carbone que le diesel, l’essence ou le charbon ; et il est peu cher. En fait, son prix est récemment tombé en février à son plus bas niveau en 20 ans. De plus, le gaz naturel peut être intégré à l’énergie éolienne et solaire pour produire une énergie à la fois durable et fiable.

Alors que le développement de centrales électriques alimentées au gaz nécessitera des efforts, de la signature d’accords commerciaux intra-africains qui mettent le gaz naturel à la disposition des pays à la coopération des producteurs d’électricité, il représente un moyen très faisable pour les Africains de résoudre l’un des plus grands défis du continent.

Dans cet esprit, ce serait un moment terrible pour arrêter de produire et d’utiliser du gaz naturel en Afrique.

Entreprises africaines, monétisation et croissance économique

L’élimination progressive des combustibles fossiles en Afrique serait également préjudiciable aux nombreuses sociétés pétrolières et gazières internationales et locales qui contribuent aux revenus du continent et y ont un impact social positif. J’ai beaucoup écrit sur des entreprises qui font vraiment du bien aux communautés africaines, comme Atlas Oranto Petroleum, Sahara Energy Group, Aiteo, Seplat, Sonangol, Shoreline Energy et bien d’autres encore. Ces entreprises locales créent des emplois pour les Africains, achètent auprès de fournisseurs africains et font des affaires avec d’autres entreprises africaines, en plus de leurs vastes efforts de sensibilisation communautaire. Nous avons besoin d’entreprises étrangères qui font de même et partagent leurs technologies.

Et ce n’est qu’une partie de l’histoire. L’Afrique n’a pas pleinement profité d’une opportunité révolutionnaire : la monétisation de nos ressources pétrolières et gazières. Cela commence par l’utilisation du pétrole et du gaz comme matière première pour créer d’autres produits à valeur ajoutée. Le gaz naturel, par exemple, peut être utilisé pour fabriquer des carburants de transport liquides, des huiles de base, de la paraffine et du naphta. Les revenus qui en résultent peuvent être utilisés pour construire des infrastructures et diversifier les économies. Ce n’est pas une idée abstraite, loin de là. En Guinée équatoriale, par exemple, des initiatives visant à monétiser les énormes réserves de gaz naturel du pays ont conduit à la création de nouvelles infrastructures. Il aide le gouvernement à construire une méga plaque tournante du gaz naturel qui pourrait faire de la Guinée équatoriale un acteur majeur sur le marché mondial du gaz naturel liquéfié et générer des revenus de 2 milliards de dollars. Il n’y a aucune raison que les autres pays africains ne puissent pas faire de même.

Nos opportunités, notre tour

Je me rends compte que tirer pleinement parti des ressources pétrolières et gazières de l’Afrique pose des défis importants, mais c’est faisable. Mes deux livres, « Des milliards en jeu » et « Big Barrels : Pétrole et gaz africains et la quête de la prospérité », fournissent des étapes pratiques pour réaliser le rêve des hydrocarbures africain. Ils montrent qu’il existe des moyens d’exploiter stratégiquement nos ressources pétrolières et gazières, de créer une croissance économique et de promouvoir la stabilité, les types de changements qui affectent les citoyens de tout le continent.

Notre point de vue sur le pétrole et le gaz n’est pas une question de cupidité ou de remplir les poches de quelques privilégiés. Si nous nous efforçons d’utiliser ces ressources à bon escient, elles peuvent vraiment assurer un avenir meilleur à l’Afrique. Et nous ne sommes pas prêts à les jeter de côté.

NJ Ayuk est président de la Chambre africaine de l’énergie, PDG du conglomérat panafricain de droit des sociétés Centurion Law Group, et auteur de plusieurs livres sur l’industrie pétrolière et gazière en Afrique, notamment « Des milliards en jeu : L’avenir de l’énergie et des affaires en Afrique ».

JOHANNESBURG, Afrique du Sud, 2 mars 2020/ — Par NJ Ayuk

Source : APO Group pour GCO

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