Le Ghana a surpris en claquant la porte au FMI, principal régulateur institutionnel de la finance internationale. Il se prive ainsi d’une manne qui lui tendait les bras. Il se devait donc de vite trouver de quoi financer son développement et soutenir son déficit budgétaire. Le 19 mars dernier, soit la veille de la fin de la dépendance du Ghana de l’emprise du FMI, c’est un Nana Akufo Addo optimiste quant à l’attractivité et la solvabilité de son pays, qui ordonne que soit lancé sur le marché international un emprunt obligataire de 3 milliards de dollars, soit 1 milliard de plus que le record obtenu en 2018 par la Côte d’Ivoire.
La barre est haute, l’enjeu vital pour le pays, et si l’opération de séduction fonctionne, elle sera un nouveau record africain en zone subsaharienne. Tous les observateurs alertés des intentions ghanéennes avaient scruté avec un peu de circonspection le résultat du road show ashanti, surtout après le non au FMI. Le dénouement ne s’est pas fait attendre.
Le lendemain de la sortie du Ghana du programme du FMI, c’est à dire le 21 mars, 3 jours seulement après le lancement officiel de l’offre ghanéenne, le montant a été souscrit plus de six fois, selon la très sérieuse agence Bloomberg. Pied de nez on ne peut plus frontal au FMI et aux experts de Bretton Woods, car le carnet de commandes relatif à cette opération a en effet atteint les sommets à près de 20 milliards de dollars, là où le FMI proposait un nouveau programme (FEC) de 1 milliard de dollars avec les contraintes en matière de directives et de surveillance qui les accompagnent.
Pour cet Eurobond de 3 milliards de dollars, ont été validées une première tranche d’une maturité de 7 ans à 7,875%, une seconde de 12 ans à 8,125% et une dernière de 31 ans à 8,95%. Les taux bien que considérés comme relativement bas pour un pays africain, ( + ou -les memes que ceux du Portugal ou de l’Italie), le président ghanéen assure que son gouvernement a déjà trouvé de quoi financer à des taux encore plus bas les 20 prochaines années de son pays.
Devenu puissance pétrolière majeure en Afrique avec des découvertes de plus en plus importantes chaque année, ce pays qui devrait selon toutes les projections devenir 4ieme producteur africain de brut d’ici l’an prochain, à de quoi se frotter les mains, et rembourser sauf choc pétrolier important. La stabilité politique ayant été un facteur déterminant, le Ghana attise plus que jamais toutes les convoitises, pouvant le cas échéant compter sur le cacao et surtout l’or dont il est toujours le second producteur africain.
Quelques indiscrétions parlent de pourparlers très avancés avec la Chine pour un montant vertigineux de 50 milliards de dollars à des taux réputés défier toutes concurrences. Jusqu’à présent, Akufo Addo a tenu parole en disant la vérité à ses concitoyens sur ses intentions. Let’s wait and see, mais pour l’instant le Ghana reste debout !
Illustration : Dr Mahamudu Bawumia, 56 ans, PhD en économie, est le Vice président du Ghana. Il est le principal maître d’oeuvre des grandes réformes du système économique, monétaire et financier ghanéen, ainsi que celui qui a inspiré le fameux slogan :  » NO FMI, we are not your children ». Le président Akufo Addo économiste et avocat le répète avec beaucoup d’humilité lors de presque toutes ses interventions publiques :  » Mahamudu et moi formons un tandem efficace. Il compose, j’aide à la correction, on dilue ensemble et j’explique aux Ghanéens. « 

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