La technologie des « chaînes de blocs » ou blockchain peut participer au développement de l’Afrique en fluidifiant son circuit financier. De la tenue du cadastre à la certification des transactions, la blockchain, ou les blockchains, sont en mesure d’apporter la confiance qui fait aujourd’hui encore défaut au continent.
L’Afrique a besoin d’innovations technologiques pour sauter une génération et rattraper son retard. Le continent peut, en effet, faire d’un inconvénient – l’absence d’infrastructures existantes – un atout. Il offre un terrain de jeu vierge pour tester et valider, en grandeur nature, de nouveaux concepts comme le paiement sur mobile qui s’est rapidement imposé car il est et reste l’unique moyen de paiement pour une très grande majorité d’Africains. Orange a ainsi su capitaliser sur dix ans d’expérience du « mobile banking » en Afrique de l’Ouest avant de commencer à commercialiser Orange Bank en France.

Avec l’Internet des objets (IoT) et l’intelligence artificielle, la blockchain fait partie de ces innovations qui vont accélérer le développement des pays africains et, ce, à plusieurs titres. La technologie des « chaînes de blocs » existe bien au-delà du bitcoin, la crypto-monnaie qui l’a fait connaître. Ce concept de registre décentralisé et infalsifiable, validant des transactions de façon quasi immédiate et sans organe central de contrôle va tout d’abord fluidifier le circuit financier. Et c’est un fait, l’Afrique a besoin d’argent et de prêteurs de garanties, mobilières ou immobilières. La blockchain est donc un maillon central pour apporter la confiance qui manque aujourd’hui entre les parties.

SÉCURISER LE FINANCEMENT ET LES ÉCHANGES

Si l’on s’en tient aux seuls biens immobiliers, 90 % d’entre eux ne sont pas enregistrés en Afrique selon The World Bank. C’est particulièrement vrai dans les zones reculées où les habitants ne peuvent tirer bénéfice de leur bien, comme émettre une hypothèque, faute de cadastre tenu en bonne et due forme. Le Ghana expérimente actuellement une blockchain pour créer un registre numérique de propriété transparent et infalsifiable. D’autres pays devraient suivre rapidement.

A côté des services financiers, ce sont de nombreux secteurs qui sont concernés par cette révolution. Les blockchains autorisent en effet de très nombreux cas d’usage. Toutes les activités nécessitant une confiance absolue dans l’information diffusée sont potentiellement concernées. Des blockchains permettent, par exemple, de certifier des transactions d’achat et de vente de denrées alimentaires comme le blé, le riz ou l’avoine. Elles peuvent aussi assurer l’authentification de ressources précieuses, à l’instar de l’extraction et du commerce de diamants dont les principaux acteurs ont déployé des solutions qui vont rapidement faire référence.

Le peuple africain est prêt à cette révolution. A leur niveau, les citoyens ont déjà adopté la blockchain. Un grand nombre de « mineurs » de bitcoin sont basés en Tunisie et au Maroc. A lui seul, le royaume chérifien en compterait plus de mille. Par ailleurs, l’autoformation, avec l’essor du e-learning et des Moocs, réduit la fracture numérique. Le savoir des meilleures universités du monde devient accessible pour le plus grand bien de tous.

L’Afrique connaît actuellement une formidable dynamique. Elle correspond aux besoins des populations de changer leur quotidien et de prendre leur part dans la forte croissance mondiale. Il y a cinq ans, les fintechs étaient quasiment inexistantes. Aujourd’hui, elles sont presque au même niveau qu’en Europe.

LE PRINCIPAL FREIN EST ÉNERGÉTIQUE

Le seul frein à l’adoption de la blockchain est d’ordre énergétique. L’activité de « minage » pour valider les transactions et les inscrire sur le registre est particulièrement énergivore. Or, en Afrique, plus que sur n’importe quel autre continent, il est compliqué d’assurer le refroidissement des serveurs et data centers. Mais là encore, les évolutions technologiques, et tout particulièrement celles liées aux blockchains, peuvent résoudre ces problèmes.

Faute de réseau de distribution d’énergie efficient, les pays africains gagneraient à constituer des micro-grids, des réseaux locaux où les habitants et les entreprises sont à la fois consommateurs et producteurs d’énergie renouvelable. Alors, peut-on compter sur l’Afrique pour devenir le continent technologique du futur ? Assurément oui !

Mehdi Houas, président du groupe Talan
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