Le leader de l’Union pour le progrès de Guinée (UPG) de feu de Jean Marie Doré, Me Alfred Mathos a accordé cette semaine une interview exclusive à notre rédaction. Au cours de laquelle, le successeur de feu Jean Marie Doré  s’est largement exprimé  sur le devenir de  sa formation politique après les élections locales du 4 février dernier, la situation de crise socio-politique que connait actuellement la Guinée et  son sentiment par rapport à la commémoration de l’an 34 de feu président, Sékou Touré.  

GuineeConakry.Online : Comment se porte votre parti. Et quelles leçons tirez-vous des élections locales du 4 février dernier dont les résultats  sont activement contestés par les leaders de l’opposition ?   

Me Alfred Mathos : Après la mort de notre leader Jean-Marie Doré,  on a été confronté à un dilemme comme certains partis notamment, le PUP quand le feu président Lansana Conté a quitté ce monde. Ce parti alors au pouvoir s’est retrouvé dans les oubliettes. En ce sens qu’ils n’ont pas de représentants au parlement guinéen.  Mais,  nous aujourd’hui,  par la grâce de Dieu, nous avons deux représentants à l’Assemblée nationale  qui font que nous avons la fierté d’exister sur l’échiquier de la politique guinéenne.

Face  aux élections communales, nous avons participé tant bien que mal à ce scrutin de proximité. Il faut les moyens humains et puis la disponibilité des militants. A ce niveau,  nous avons eu comme résultats acquis,   trente deux (32) conseils communaux dont quatre en alliance, puisque moi-même en  tant que président  de l’UPG en alliance avec l’UFR, j’ai été élu sur la liste de l’UFR comme conseiller communal au compte de la commune de Ratoma.

Pour cela, certains de mes militants me disaient en tant que président d’un parti, je ne devrais pas me mettre sur la liste d’un autre parti. Il faut comprendre que l’UFR est un allié politique depuis l’Assemblée et nous avons un groupe parlementaire qui est au centre, et j’ai toujours dit qu’il faut partir là où on peut faire des alliances intelligentes, et là où on a nos forces et nos faiblesses.

Nous avons nos trente deux conseillers dont deux maires, un à N’zoo et un à Gouecké. Par conséquent,  il faudrait que je salue tous les militants parce qu’ils ont placé en nous leur confiance. Et que la bataille électorale doit continuer puisque les législatives arrivent. De manière globale, notre  parti se porte à merveille. Mais, cela ne signifie pas qu’il faut se coucher. Il faudrait que le parti fasse une grande réforme lors des états généraux que nous envisageons d’organiser, au cours desquels on va essayer de corriger certaines faiblesses que l’UPG a connues dans le temps.

Afin que nous améliorions le bon fonctionnement du parti, du bureau politique jusqu’aux instances extérieures et aux sections et faire la cooptation de nouveaux membres pour que le parti puisse compter sur le plan national parce que notre souhait est que le parti soit une formation politique traversale. Donc, voici notre vision pour que l’UPG soit l’un des partis les plus forts du pays.

Au niveau des résultats des élections locales, nous avons obtenus satisfaction, mais  je m’en vais vous dire, c’est un secret de polichinelle parce que nous avons été confrontés à certaines difficultés pendant la campagne électorale. Elles s’expliquent par la démarche des commis de l’Etat  qui ont usé de la force du pouvoir pour mener des campagnes des candidats du RPG. Ce qui n’était pas normal parce que ces genres d’attitudes sont révoquées par la loi.

Mais cela n’est pas nouveau, car ces mêmes actes se sont  passés au temps du PDG RDA et de celui du PUP, et  nous vivons encore  cette même pratique  dans cette 3ème République. Ce sont des pratiques qu’il faut pouvoir arrêter.

GuineeConakry.Online : Les Sékoutoureistes viennent  de commémorer l’an 34 du père de l’indépendance de la Guinée, Sékou Touré .  Qu’en dites-vous ? 

Me Alfred Mathos :  Ecoutez, qu’ils le fassent, c’est leur droit. Mais qu’ils fassent une offense à  la  mémoire collective du peuple de Guinée,  ça,  c’est vraiment trop osé, parce que moi,  je le dis en tant que président de l’UPG, ce régime de Sékou Touré  a commis  trop de victimes au camp Boiro. Je voudrais que cette commémoration de la mort de Sékou Touré se fasse en regroupement familial et qu’on n’en fasse pas d’un événement national.

Mais, c’est vrai que le monde entier a salué cette indépendance.  Je m’en vais vous dire que cette indépendance dont certains Guinéens se  glorifient, au nom de Sékou Touré, a donné quoi sur le plan humain et économique à la Guinée ? Si ce ne sont des tueries et des pendaisons à l’époque ! Sans oublier que le camp Boiro, a fait entre trente mille à quarante mille disparus, ils devaient faire en sorte que cette mémoire collective soit enseignée dans les écoles, pour que les jeunes se souviennent  de la manière qu’on se souvient de Samory Touré, de Sékou Touré, l’un des pères fondateurs de cette indépendance, que son règne pendant vingt six a fait autant de tueries qu’on n’a jamais connues en Afrique  de l’ouest.

Et aussi,  sur le plan économique, vous vous souvenez quand les militaires ont pris le pouvoir en 1984, la Guinée était au bas de l’échelle. Donc, rien n’a été fait  à parti de ce moment, moi je dis haut et fort que le régime de Sékou Touré est purement et simplement sanguinaire.

Il fut un temps où il y avait une commission de vérité et réconciliation qui était en place, je ne sais pas pourquoi cette commission n’a pas continué ses travaux. Il faudrait que les jeunes  Guinéens, hommes et femmes se souviennent  qu’il y avait un dictateur dans ce pays et qu’aujourd’hui plus jamais et jamais,  un homme ou une femme au pouvoir ne puisse mettre la liberté d’un individu en jeu, sans pour autant le juger équitablement conformément aux lois du pays.

Voilà  ce qui s’est passé. Donc aujourd’hui en tant que leader politique et jeune dirigeant de ce pays,  je veux dire que Sékou Touré n’a pas fait la mission d’un homme de chef d’Etat, il est passé à côté. Donc, aujourd’hui, saluer cette mémoire de Sékou Touré doit se réduire à une commémoration familiale,  mais pour la mémoire collective,  je dis non !

Pour finir, je vous dirai que mon père a été assassiné au camp Boiro. Cette célébration de la mémoire de Sékou Touré comme père de l’indépendance  n’est  qu’un non événement pour moi. Son régime a été un régime tueur !

Interview réalisée par Léon KOLIE pour GCO

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